Il y a des gens qui méritent qu'on leur écrivent un roman. Il s'est écoulé tellement de temps déjà, j'ai l'impression que le temps passe beaucoup trop vite. C'est certain, en réalité, le temps passe beaucoup trop vite. Et, désespérement, je m'accroche au temps. Parce que je sais que je n'ai pas envie de grandir, je n'ai jamais eu envie de grandir. Peter Pan a toujours été mon Dieu (au milieu de tant d'autres). Oui, je suis restée persuadée que j'étais amoureuse de Peter Pan pendant de nombreuses années. Jusqu'a ce que je me rende compte que ce n'était pas possible, qu'il était innaccessible. En vérité, cela n'a pas vraiment changé. C'est horrible de revenir à la réalité, c'est horrible de se dire simplement qu'on ne peut rien y faire, que, de toute façon, on va grandir. La réalité est horrible en fait. Tu sais, je me dis chaque année, en adoptant cette habitude stupide que sont les bonnes résolutions, que je vais arrêter de vivre dans mes rêves de gamine.Que, je vais enfin essayer de revenir deux minutes sur terre pour me rendre compte de la violente réalité de la vie. Pourtant je n'y parviens pas, je n'arrive pas à me dire qu'il n'y a plus d'espoir. Et s'il suffisait simplement d'y croire. Je continue de faire un voeu quand je vois une étoile filante avec la folle envie qu'il se réalise un jour. Je continue de pleurer devant les dessins animés et les films à l'eau de rose. Mais, parfois, on se rend compte que croire ne suffit plus. Je ne sais pas pourquoi ces moments-là ce sont systématiquement repétés durant les deux derniers mois. Ces moments où la réalité m'a frappé de plein fouet, et où je ne pouvais plus croire en rien. Le problème, c'est que durant ces longues nuits où je n'en peux plus de pleurer, je me jure de ne plus y croire, de ne plus jamais y croire. Mais je ne suis pas prête. Je ne serais jamais prête à l'affronter, cette saleté de réalité. Je continue de vivre ailleurs. Je continue de vivre dans un rêve, dans une abondance extrême d'espoir indissoluble. Pourtant, je ne peux vivre que comme ça, qu'avec ça, qu'avec tout cet espoir. Tu sais, au fond, je me dis que tout va bien. Je ne saurais pas vraiment expliqué pourquoi j'ai ça en tête en ce moment. Il me manque des choses, c'est vrai. Mais voilà, il y juste des gens, ceux qui mériteraient qu'on leur écrive un roman. Il y a Lui et son anniversaire où je me suis juste assise sur le canapé en regardant le monde et les lumières tournant autour de moi, en me laissant submerger par Red Socks Pugie des Foals et en me disant juste qu'ils étaient parfaits, eux, mes amis. Que tout était parfait. Je ne sais pas, rien que de voir ses larmes aux yeux quand j'étais dans ses bras, rien que de voir cette façon de me dire que tout ira bien désormais, de voir leurs sourires, rien que ça. C'est leur amitié qui me rend vivante. Leur façon à eux de me protéger, de ne rien me cacher, de ne pas me mentir même si cela doit me faire mal, sa franchise inébranlable et ses messages pour s'excuser et pour me dire qu'il m'aime. Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien entouré. C'est vrai, elles ont toujours étaient là, elles. (et celles qui sont loin). Mais depuis qu'il est là, il y a quelque chose d'autre, encore. Cette fête était parfaite, comme eux, comme tout. Je me suis retrouvée trempée et le visage tartiné de gateau au chocolat, et pourtant je souriais toujours. L'air est glacial dans le jardin, pourtant je reste assise sur le mur, me perdant dans les lumières de la nuit et essayant de comprendre quelque chose à ce qu'il me dit. Encore quelqu'un de génial. "Je suis heureux de te connaître, vraiment heureux". Ca te redonne envie de vivre, tout ça. Puis, il y cette pourriture de St Valentin qui arrive. Cette fête que tu trouves tellement stupide quand tu es seule (ou pas). Pourtant, cette année, tu t'enfuies et puis tout redevient parfait (parfait, parfait, ce mot m'agrippe en ce moment). Londres. Tu sais, cette ville est belle, en fin de compte. Et j'y ai laissé quelques souvenirs tout aussi beau. Tu bois ton Frappuccino strabuckien sur Oxford Street, et tu te dis sérieusement que la vie est belle. Un Starbucks sur Oxford Street, et des gens. Tu deviens hystérique, tes lunettes de Geek achetée à Camden sur le nez et des poches remplies à Covent Garden. Comme si ma vie se limitait au shopping (ce qui est tout à fait vr..faux). Londres, c'était aussi les longues heures dans le métro à attendre que la voix automatique résonne pour t'annoncer que "The next station is Canada water". C'était aussi les rues parcourues dans tous les sens, s'émerveillant devant la moindre cabine téléphonique, le moindre bus, le moindre taxi. C'était aussi marcher dans Notting Hill en pensant à un film avec Hugh Grant, à l'amour et à tout ça. J'ai croisé Dali dans un couloir du Tate Modern et j'ai vu DADA sur un mur. Au final, tu t'arrêtes devant un skate park, tu es comme figée, marquée par les images de Paranoid park. Gus Van Sant est un génie. C'est tellement troublant de voir ce qu'il se passe dans la tête des gens. No one is ever really ready for Paranoid park. J'aime la façon dont c'est filmé, cette limite invisible entre la réalité et le rêve. Ca résume assez bien ma vie en fin de compte. Je vais me replonger dans l'atmosphère troublante d'une salle sombre et, enfin, mon dieu enfin, voir Harvey Milk; parce que là, je ne peux plus tenir. Au final, je préfère Paris moi. Mais tout de même.. Je reviens dans ma ville ridicule, celle où j'ai laissé toute ma vie, là où elle sera toujours, ma vie. Je reviens, donc, genre Londonnienne éphémère. Mais après tout, ca me suffit. Londres me manque, mais je les ai retrouvés, eux, avec tout la bonne humeur que nous apportait les quelques rayons de soleil retrouvés. Tu recommences à t'allonger dans l'herbe, essayant de profiter de la douce chaleur sur ta peau, consciente qu'elle ne durera pas, que les nuages finiront par cacher le soleil, comme toujours. C'est tellement beau, d'avoir rencontrer quelqu'un avec qui je pouvais rire comme avec elles, à qui je pouvais tout dire, et qui me disait tout. Tout prend un tournent que tu n'avais pas envisagé. Le vent suit son cours, il tourne, les gens s'aime, ils se quittent, mais au final, c'est pareil. Tout le monde finit par s'aimer. Tu redeviens faussement hystérique durant un demi-seconde grâce à quelques mots échangés qui te mumurent que tu n'as pas à te sentir ridicule. Même si tout est fini, je peux continuer à vivre. Je peux continuer d'y croire. je peut continuer, tout court. Et tu te réveilles en écoutant The Kills, parce que Black Balloons est un chef d'oeuvre et surtout parce qu'Alison Mosshart, c'est ton rêve (d'être elle?). Tu bois des litres de thé, The Kills, mélancolique, et encore pleine d'espoir.
Photo: Hyde park.



